Désinformation : une étude Sopra Steria estime que la désinformation représenterait 417 milliards de dollars au niveau mondial

| minutes de lecture
  • L’industrie de la désinformation représenterait 417 milliards de dollars en 2024, selon une étude inédite menée par Sopra Steria.
  • Les impacts se répartissent entre coûts financiers, sociaux et politiques, affectant entreprises, marchés et institutions publiques.
  • Face à l’industrialisation du mensonge, Sopra Steria appelle à structurer une résilience informationnelle européenne associant entreprises, institutions et experts.

Paris, le 12 mars 2025 – Sopra Steria, acteur majeur de la tech en Europe, partage une étude inédite portant sur ce que représente la désinformation d'un point de vue économique, au niveau mondial, pendant l'année 2024. Selon cette analyse, les manipulations informationnelles auraient représenté environ 417 milliards de dollars en 2024, soit un niveau comparable au chiffre d'affaires annuel de grandes entreprises technologiques ou à une part significative du PIB de certains États.

Cette étude s'appuie sur une méthodologie ouverte et reproductible, inspirée notamment des approches utilisées par le GIEC, et combine une méta-analyse de travaux existants, l'analyse de cas documentés et une modélisation économique.

Les chiffres clés de l'étude :

  • 417 milliards de dollars : impact estimé de la désinformation sur l'économie mondiale en 2024 dont :
    • 393 milliards de dollars d'impacts financiers directs dont 227 milliards de dollars de dépenses de consommation influencées par des faux avis en ligne
    • 11 milliards de dollars de coûts liés aux deepfakes et fraudes utilisant l'IA
    • 5,5 milliards de dollars perdus dans les arnaques crypto de type pig butchering

Ayman Awada, directeur exécutif du vertical Services Financiers du groupe Sopra Steria, commente : « Cette étude montre que la désinformation n'est plus seulement un problème démocratique. Elle constitue désormais un risque économique massif pour les entreprises et pour les marchés. Avec l'industrialisation des manipulations informationnelles et l'essor de l'intelligence artificielle, les organisations doivent désormais considérer ce phénomène comme un risque stratégique. L'enjeu est clair : passer de la prise de conscience à l'organisation d'une véritable résilience informationnelle au niveau européen. »

Sopra Steria partage une première estimation de l'impact économique de la désinformation

Longtemps analysée principalement sous l'angle politique ou démocratique, la désinformation a profondément changé d'échelle ces dernières années. L'essor des réseaux sociaux, l'industrialisation des campagnes de manipulation informationnelle et l'arrivée de l'intelligence artificielle générative ont transformé ce phénomène en un risque économique de grande ampleur.

C'est pour mieux comprendre cette réalité que Sopra Steria publie une étude inédite visant à quantifier l'impact économique global de la désinformation. Fondée sur une méta-analyse de nombreuses études existantes, l'analyse de cas documentés et une modélisation économique, cette étude propose pour la première fois un ordre de grandeur global de l'impact économique de la désinformation à l'échelle mondiale.

Son estimation centrale est de 417 milliards de dollars pour l'année 2024, divisibles en trois typologies d'impacts majeurs : les flux financiers, estimées à 393 milliards de dollars ; les impacts sociaux, 10 milliards de dollars ; et les impacts politiques, 14 milliards de dollars.

Au-delà de cette estimation globale, l'étude met en évidence plusieurs enseignements majeurs :

  • D'abord, la désinformation affecte désormais directement l'économie réelle : entreprises, marchés et consommateurs peuvent être ciblés par des campagnes de manipulation informationnelle.
  • Ensuite, ces attaques se professionnalisent et s'industrialisent, notamment sous l'effet des technologies d'intelligence artificielle, qui permettent de produire et diffuser des contenus trompeurs à grande échelle. D'après les travaux de Sopra Steria, l'IA a eu un coefficient multiplicateur de 15 à 20% sur l'impact économique de la désinformation.
  • L'asymétrie des forces est exacerbée – alors que la désinformation s'est structurée comme une industrie, elle rapporte à ceux qui la diffusent et coûte une fortune à ceux qui tentent de la contenir. L'asymétrie est vertigineuse ; à titre d'exemple, Meta aurait généré 16,4 milliards de dollars de revenus publicitaires sur des contenus frauduleux, alors que le budget mondial alloué à l'ensemble des initiatives de vérification de l'information ne dépasse pas... les 100 millions de dollars (dont 45% sont fournis par Meta).
  • Enfin, l'étude montre que ces impacts ne se limitent pas aux seules entreprises : les États, les systèmes de santé et les institutions publiques supportent également une part importante des coûts liés à la désinformation.

Trois catégories de coûts économiques

L'étude distingue trois grandes catégories d'impacts économiques liés à la désinformation.

Les flux financiers directement détournés par des manœuvres informationnelles – 393mds$

Ces flux représentent l'essentiel de l'impact économique, avec près de 393 milliards de dollars estimés. Ces flux incluent notamment :

  • Les fraudes reposant sur l'ingénierie sociale ou les deepfakes ;
  • Les manipulations de marché ou campagnes de déstabilisation d'entreprises ;
  • L'influence des faux avis sur les décisions d'achat.

À titre d'exemple, 227 milliards de dollars de dépenses de consommation seraient directement influencées par des faux avis en ligne. Conçus pour créer une distorsion massive de l'économie numérique en donnant une visibilité indue à des produits de moindre qualité ou non conformes, tout en pénalisant les offres légitimes, les faux avis sont considérés comme une forme de manipulation de l'information visant à influencer les opinions individuelles ou collectives à des fins de gain financier, et contribuent à grandement augmenter la note.

Les impacts économiques sociaux – 10mds$

Estimés à environ 10 milliards de dollars, ils reflètent notamment les conséquences sanitaires et sociales de la désinformation. La diffusion de fausses informations en matière de santé peut par exemple entraîner une surcharge des systèmes hospitaliers ou retarder les diagnostics médicaux.

Les impacts économiques politiques – 14mds$

Enfin, environ 14 milliards de dollars correspondent aux coûts politiques, incluant notamment les dépenses publiques liées à la lutte contre les ingérences informationnelles ou à la protection des processus démocratiques.

Les services financiers particulièrement exposés

Le rapport de Sopra Steria précise aussi que le secteur financier apparaît comme l'un des plus exposés à ces risques. Ce constat part du fait que la finance repose sur deux actifs fondamentaux, la confiance et l'information, tous deux extrêmement vulnérables à la désinformation ; mais aussi du fait que les institutions financières soient au cœur des flux économiques : paiements, e-commerce, investissements et crédit reposent sur leurs infrastructures.

Ainsi, lorsqu'une campagne de désinformation affecte un secteur économique – par exemple via une manipulation de l'opinion – ses effets se répercutent directement sur les flux financiers.

« Reposant sur la confiance et l'information, deux éléments que la désinformation cherche précisément à fragiliser, la finance est en première ligne, souligne Ayman Awada. Il y a quelques années, les institutions financières ont été parmi les premières à structurer leur cybersécurité. Elles peuvent aujourd'hui jouer le même rôle face aux menaces informationnelles. Mais pour cela, il faut agir dès maintenant et approcher le sujet avec un plan à plusieurs niveaux : sensibilisation des citoyens, mécanismes de contrôles organisationnels et technologiques dans les entreprises et actions sur le plan de la réglementation européenne pour renforcer la confiance numérique. »

Sopra Steria appelle à une mobilisation collective face aux menaces informationnelles

Face à l'industrialisation des manipulations informationnelles, Sopra Steria souligne la nécessité pour les organisations publiques et privées de renforcer leur résilience informationnelle.

À l'image de ce qui s'est produit dans le domaine de la cybersécurité il y a vingt ans, les entreprises et les institutions doivent désormais intégrer la désinformation dans leur gestion des risques. Cela implique notamment de développer des capacités de veille, de détection et de réponse aux campagnes de manipulation informationnelle, mais aussi de renforcer la coopération entre acteurs publics, entreprises, chercheurs et experts.

Pour Sopra Steria, la réponse à ces menaces ne peut être qu'écosystémique. Le groupe contribue notamment à structurer cet écosystème à travers le Cercle Pégase, un think tank dédié à l'analyse et à la lutte contre les menaces informationnelles, qui réunit institutions publiques, entreprises, chercheurs et experts du sujet.

Bruno Courtois, conseiller défense de Sopra Steria et coordinateur du Cercle Pégase, précise : « La désinformation est devenue un risque systémique pour nos économies et nos sociétés. Pendant longtemps, nous avons observé et analysé le phénomène ; aujourd'hui, il est temps d'agir. La réponse ne pourra pas être seulement technologique ou seulement institutionnelle. Elle doit être collective. C'est pourquoi nous travaillons à fédérer un écosystème associant élus et représentants de la nation, institutions publiques, acteurs industriels, start-ups, médias et monde de la recherche, afin de développer à la fois la réflexion stratégique et les solutions opérationnelles nécessaires pour renforcer la résilience informationnelle en France et en Europe. »

Cette étude constitue ainsi un premier jalon dans la compréhension économique du phénomène, et vise à encourager une mobilisation plus large des organisations face aux menaces informationnelles.

Search

information-warfare

Contenus associés

L'impact économique mondial de la désinformation - une quantification inédite

Désinformation : une étude Sopra Steria estime que la désinformation représenterait 417 milliards de dollars au niveau mondial

Lutte informationnelle : quels outils face aux menaces de la guerre hybride ?

Il est donc essentiel d’envisager la pertinence d’outils méthodologiques et techniques permettant d’appréhender ces manipulations à un stade précoce pour déclencher des contre-mesures efficaces.

Lutte contre la désinformation La guerre des IA

Entre génération et détection des deepfakes et des fake news, quel rôle pour l’IA dans la guerre de l’information ?