IA industrielle : pourquoi tout se joue désormais à l’edge

par Martin Stolberg - spécialiste Edge AI chez Sopra Steria
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L’intelligence artificielle est souvent présentée comme la baguette magique qui viendrait fluidifier des administrations parfois perçues comme complexes. Pourtant, derrière les promesses de l'IA générative et de l'automatisation, se cache une réalité technique et organisationnelle bien plus exigeante. Pour que l’IA tienne ses promesses dans le secteur public, elle doit s'appuyer sur un socle vital : la donnée. Comme le souligne Ziad Choueiri, Directeur de Programmes dans la BU Secteur Public chez Sopra Steria, sans une stratégie rigoureuse de gestion des données, l’IA générative ne sera qu'un bel outil technologique, incapable de passer à l’échelle industrielle.

Le miroir aux alouettes de l'IA sans stratégie de données

Le premier défi auquel se heurtent les grandes organisations publiques pour implémenter des solutions IA est celui de la fragmentation et la qualité de leurs données. Trop souvent, l'enthousiasme pour l'outil occulte la pauvreté du carburant. Dans le secteur public, l'erreur n'est pas une option. Un algorithme entraîné sur des données incomplètes ou biaisées peut avoir des conséquences graves sur la vie des citoyens, qu'il s'agisse de l'attribution d'une aide sociale ou d'un calcul fiscal.

C'est ici que la notion de « Data Quality » et de « Master Data Management » (gestion des données de référence) prend tout son sens. Avant de déployer des modèles d'IA complexes, les organisations doivent impérativement s'assurer de l'intégrité, la complétude et de la fraîcheur de leurs actifs de données numériques. « L'IA ne vaut que par la donnée qu'elle consomme et sur laquelle elle a été entrainée. Aujourd'hui, le principal frein n'est pas le manque de sophistication des algorithmes, mais bien la qualité du patrimoine informationnel », explique l'expert. Ce travail de l'ombre, Sopra Steria permet aux grands acteurs publics de l’effectuer afin de transformer des expérimentations techniques (POC) en vrais projets à l’échelle.

L'administration en silos : le premier frein à une IA publique holistique

Nos services publics sont aujourd'hui structurés en silos étanches. Qu'il s'agisse de la DGFIP, de la CNAM ou de France Travail, chaque entité conserve ses propres données dans des référentiels étanches. Ce cloisonnement est le principal obstacle à une IA publique qui puisse offrir une vraie valeur ajoutée trans-administrations. « Le cloisonnement en silos est le premier plafond de verre à briser : sans données consolidées, l’IA restera un outil limité au champ de l’organisation qu’il adresse », indique Ziad Choueiri.

Décloisonner ces silos n'est pas seulement un projet informatique, c'est une nécessité démocratique. Il s'agit de créer une vision à 360° de l'usager pour lui offrir un service plus juste, tout en garantissant que ses  données restent sous contrôle. « On a longtemps cru qu'en rapatriant les données sur le sol européen, le problème de souveraineté était adressé. C'est une erreur de perspective. La véritable souveraineté de demain se jouera sur l’étage supérieur : la maîtrise des algorithmes et la gouvernance globale des données », rajoute-t-il.

La qualité des actifs numériques, nouveau socle du pacte démocratique

Au-delà de l'aspect technique, la qualité des actifs numériques rejoint les enjeux de confiance. À l'heure où la désinformation s'industrialise, la capacité de l'État à s'appuyer sur des données fiables est fondamentale. « La souveraineté de demain ne se décrète pas par la fermeture, mais par la capacité à produire et protéger des données de haute qualité qui font foi », souligne Ziad Choueiri. C'est cette intégrité qui légitime l'action publique et permet de construire des services innovants sans renoncer à nos valeurs d'équité.

Être démocratique, c'est aussi refuser la « boîte noire ». Chaque décision prise par un algorithme doit pouvoir être expliquée et contestée par un citoyen. « Nous devons exiger la suprématie de l’homme sur l’algorithme : aucune décision de l’algorithme ne peut être irréversible ou prise sans qu’on puisse l'auditer et la contester », insiste l'expert.

Industrialiser la confiance : les chantiers prioritaires de la décennie

L’arrivée de l’IA dans secteur public ne peut pas être une « froide question technologique » imposée d'en haut. Pour Ziad Choueiri, il est crucial d'embarquer les agents publics et de valoriser de nouvelles compétences. « L'IA ne doit pas être perçue comme un remplaçant, mais comme un assistant capable de décharger les agents des tâches répétitives pour les recentrer sur l'accompagnement humain ». La pédagogie est ici le maître-mot pour lever les craintes liées à l'automatisation massive.

L'horizon 2030 dessine une Europe numérique ambitieuse qui tire profit du formidable potentiel de l’IA. Mais ce futur ne se construira pas sur des vœux pieux. Il exige une volonté politique européenne de faire des investissements massifs dans cette technologie disruptive. « Soyons volontaristes ! Si nous faisons dès maintenant les bons choix, nous aurons en 2030 des champions européens à tous les étages de la pile technologique de l’IA », conclut Ziad Choueiri. En investissant dès maintenant dans la gouvernance des données, les logiciels et les infrastructures souveraines, on saura créer l’IA souveraine qui saura soutenir l’action publique à horizon 2030 et au-delà. 

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